ActualitésPatrimoine en chantier : plongez dans la restauration de Notre-Dame-la-Grande

Patrimoine en chantier : plongez dans la restauration de Notre-Dame-la-Grande

01 / 01 / 2025

Agathe Gallo

Depuis septembre 2024, la sublime église Notre-Dame-la-Grande, joyau de l’art roman, monument emblématique de Poitiers, est entourée de barrières en bois, ne permettant plus l’accès à l’intérieur. Touristes, habitant·es se demandent bien ce qu’il s’y passe et surtout quand est-ce qu’il sera possible d’y retourner pour admirer de nouveau ce monument historique. Poitevins, Poitevines, préparez-vous bien car la prochaine fois que vous mettrez les pieds dans l’église, vous risquez de ne pas la reconnaître.

Le projet est d’envergure : sauver l’édifice dont certaines parties sont dans un état de péril avancé. Le constat est sans appel : l’église nécessite des travaux de restauration car son intérieur est très dégradé : présence de sels et d’humidité dans les maçonneries, désordres structurels, défauts de stabilité et une fragilité des décors peints qui se sont encrassés et disparaissent depuis des années.

Autant de raisons qui mènent donc l’église Notre-Dame-la-Grande à ces travaux de restauration qui mobilisent plus d’une dizaine d’entreprises et de nombreux professionnels talentueux pour sauver ce « trésor inestimable » comme le dit Clémence Pourroy, conseillère municipale déléguée au Patrimoine historique, au tourisme et à l’archéologie pour la Ville de Poitiers.

Le 28 octobre dernier, la presse a eu la chance de visiter le chantier en cours pour vous partager les avancées en attendant sa réouverture à l’été 2027. Depuis quelques mois, la deuxième phase de travaux qui consiste à restaurer des décors peints datant du XIe au XIXe siècle est en cours. Pour comprendre les techniques utilisées par les restaurateurs, nous avons gravi quelques échafaudages pour atterrir sous la voûte du chœur de l’église Notre-Dame-la-Grande, voûte qui remonte aux alentours de 1100, et où l’on a pu redécouvrir la qualité artistique et la beauté de ses décors peints grâce à ce travail de restauration.

Crédits photos : Quartier Libre

C’est ici que nous avons rencontré une professionnelle de l’entreprise Julian James munie d’une combinaison intégrale et en train de réaliser une préconsolidation. La restauratrice explique  : « Le laser nous a permis d’enlever les couches de saleté sans faire tomber des soulèvements de couches picturales. Donc maintenant on est en train, à travers du papier japonais, d’aplatir ces soulèvements de couches picturales et puis, grâce à la couche pulvérisante, de faire une espèce de préconsolidation. ». Nous étions subjugués par ce que nous avions sous les yeux mais c’était également le cas de cette restauratrice pourtant sur place depuis quelques semaines : « Ce que j’adore, c’est de me retrouver devant ces peintures magnifiques, qui n’étaient même pas si connues, parce qu’on ignorait qu’elles étaient vraiment originales du XIe siècle, avec peut-être des traces du XIIIe siècle. Travailler devant ça, c’est exceptionnel. Souvent, on se retrouve face à des œuvres très retouchées ou restaurées, mais ici, ce n’est pas le cas. Et c’est un véritable plaisir. »

Quant à l’une des chapelles du choeur, d’autres travaux se poursuivent. Ici, nous y avons fait la rencontre d’un autre restaurateur qui, lui, redessinait devant nos yeux ébahis un médaillon d’une fresque avec une précision incroyable. Ces décors néo-romans du XIXe siècle apparaissaient avec des couleurs éclatantes.

Le coût des travaux de l’église est estimé à 6,5 millions d’euros et pour financer ce chantier, comme l’explique Clémence Pourroy, « la Ville ne peut pas le faire seule. On fait donc appel à nos partenaires publics, évidemment : l’État, le Département. Mais on a aussi lancé une grande campagne de mécénat, ce qui est inédit à l’échelle de Poitiers. En 2024, on a eu la chance d’être le monument le plus financé après Notre-Dame de Paris. Notre campagne vise 2 millions d’euros. La Fondation du Patrimoine a beaucoup apporté, avec plusieurs dotations, dont la dernière : 500 000 euros de la Mission Patrimoine du Fonds Bern. C’est un soutien inestimable. On a aussi un grand mécène local, la Mutuelle de Poitiers Assurances, qui nous soutient énormément et qui est le parrain de cette campagne. Et ce sont 500 donateurs, entreprises et particuliers, du territoire et d’ailleurs, qui vont permettre d’atteindre cet objectif des 2 millions d’euros. On est vraiment heureux de voir l’engouement que ce chantier suscite. »

Pour patienter jusqu’à l’été 2027, la Ville de Poitiers vous propose de vous rendre à la Maison du chantier et de visiter l’exposition « Un chantier, des métiers » pour vous plonger pleinement dans la restauration en cours en découvrant les savoir-faire des entreprises qui travaillent sur ce chantier et ainsi mieux comprendre les métiers de la restauration.

Maintenant, il ne reste plus qu’à attendre la suite et la prochaine phase de travaux. Comptez sur Quartier Libre pour vous en donner des nouvelles !

Article réalisé par Agathe Gallo pour Quartier Libre, la Revue Janvier-Décembre 2026