ActualitésMonkman : l’art d’éclaircir

Monkman : l’art d’éclaircir

01 / 11 / 2025

Agathe Gallo

Quartier d'ailleurs, la chronique qui fait voyager

Né en 1965, le peintre Kent Monkman grandit à Winnipeg, au Canada, dans la province du Manitoba. À travers son art et accompagné de son alter ego Miss Chief Eagle Testickle, il conteste le discours occidental dominant sur la sexualité, le pouvoir, le savoir ou le genre. Il dénonce aussi les représentations erronées des peuples autochtones construites et véhiculées par les Européens.

De descendance crie et irlandaise, Monkman comprend très jeune l’impact du colonialisme sur les communautés autochtones.  Les Cris sont un peuple autochtone d’Amérique du Nord. Sa grand-mère paternelle, Caroline Everette, est née en 1875, date à laquelle le traité numéro 5 est signé entre différents peuples autochtones et la reine Victoria. Ce traité obligera la famille d’Everette à se déplacer trois fois sur ses propres terres. Ce qui causera la mort de dix de ses treize enfants. Très attaché à l’histoire et à l’identité de sa famille, Monkman se dit chanceux d’avoir eu des parents comme les siens qui savaient qu’il était possible « d’exister dans le monde moderne tout en portant ses racines et sa culture en soi ».

C’est dans ce contexte et avec d’autres points de vue que ceux enseignés par l’école que Monkman grandit. Issu d’une famille aux revenus modestes, il aura la chance d’être choisi à l’école primaire pour suivre gratuitement des cours de peinture au musée des Beaux-Arts de Winnipeg.

La toute première fois que Monkman sera véritablement reconnu remonte à 1992, lorsqu’il illustre le livre pour enfants de Thomas King, A Coyote Columbus Story, qui proteste contre le 500e anniversaire de l’invasion des Amériques par Christophe Colomb en 1492.

Ce livre deviendra un énorme scandale politique, car il reflète l’art de Kent Monkman qui met la lumière sur les violences coloniales que les autochtones ont subies alors qu’habituellement la doctrine coloniale présente les explorateurs et «  leurs découvertes » comme des héros.

À travers ses œuvres, Monkman nous apporte un point de vue différent et nécessaire à une époque où la parole prime sur les actes et les opinions sur les faits.

Article réalisé par Antoine Dambras pour Quartier Libre, la Revue novembre-décembre 2025