ActualitésLe rêve bleu de Stéfanie Molter à l’Atelier Léon

Le rêve bleu de Stéfanie Molter à l’Atelier Léon

01 / 03 / 2026

Agathe Gallo

Avez-vous déjà entendu parler de l’Atelier Léon ? Ou avez-vous déjà aperçu cette devanture des années 20, située au 98 rue de la Tranchée, peinte en bleu et rouge, qui attire l’œil rien qu’en passant devant ? C’est ici que Régis Bureau et son équipe permettent à des artistes locaux et émergents d’occuper un espace pour
« libérer le geste » et faire exister leur art. Chaque année, ce lieu propose de découvrir deux expositions, et pour le printemps, c’est le travail de Stéfanie Molter que l’Atelier Léon met en lumière. Ses aquarelles vous transporteront au cœur d’un voyage poétique où il sera bon de plonger du 5 mars au 30 avril 2026, avec un vernissage d’exposition à ne pas manquer le jeudi 5 mars à 18h30.

Stéfanie Molter est franco-allemande. D’aussi loin qu’elle se souvienne, elle a toujours dessiné, et il ne s’est jamais passé plus d’un mois sans qu’elle ne pratique. Au fil des années, Stéfanie s’est expérimentée à différentes techniques : aquarelle, encre, acrylique, huile, crayon, mais c’est l’aquarelle qui a gagné son cœur. Depuis maintenant cinq ans, sa pratique est devenue plus sérieuse et plus active, évoluant du figuratif vers l’abstrait. Un passage qu’elle explique avec assurance : « En allant du figuratif vers l’abstrait, j’ai voulu moderniser l’aquarelle et m’éloigner de quelque chose de trop premier degré. C’est aussi une façon, pour moi, de me libérer du perfectionnisme et de laisser plus de place à la spontanéité. »

Ce choix de l’aquarelle n’est pas anodin. Ce qui lui plaît dans cette technique, c’est la puissance des pigments qui se mélangent et migrent avec l’effet de l’eau. Une technique qui offre liberté et surprise à chacune de ses œuvres : « J’aime ne pas avoir le contrôle total sur le résultat : il est toujours un peu différent, et c’est ce processus que je trouve vraiment intéressant. »

Tout au long de ma rencontre avec Stéfanie Molter et de la découverte de son travail, à quelques jours de son exposition « Imaginarium », le mot « liberté » est beaucoup revenu comme un leitmotiv guidant sa pratique fascinante.

Cette soif de liberté se traduit dans ses œuvres, notamment par le choix des couleurs, des couleurs prédominantes qui marquent au fer bleu le travail de Stéfanie Molter. En apparence bichromique, il s’agit en réalité d’un travail autour de trois couleurs : le bleu, qui renvoie à la profondeur de l’océan et à l’immensité du ciel (autrement dit, la couleur de la liberté, du rêve et de l’évasion) ; l’or, pour son côté spirituel et lumineux ; et le blanc, pour son effet de « contre-jour », imaginé comme un temps de respiration et de silence.

Le sous-titre de son exposition, « Récits d’ombre et de lumière », traduit parfaitement le travail de Stéfanie Molter. Au-delà du choix des couleurs, ses œuvres proposent une double lecture, à la fois concrète et symbolique : lumières intérieure et extérieure, zones de doute et de ténèbres, mais aussi recherche de clarté, de positif et de beauté.

Le travail de l’artiste nous invite également à traduire l’invisible, celui qui est en nous. Pour elle,
« l’invisible, c’est une manière de donner corps à ce qui ne se voit pas, à une émotion (…) Ce n’est pas une représentation, mais un geste pictural, issu de quelque chose de profond ».

Chaque œuvre de Stéfanie Molter raconte ainsi une histoire, un récit  ;  libre à chacun, spectateurs et spectatrices, de se l’approprier et d’imaginer sa propre interprétation.

Il y a un peu plus d’un an, Stéfanie Molter décide de candider à l’appel à projet de l’Atelier Léon. Le choix n’est pas unanime, mais une intuition rassemble Régis, Christine et Nathalie, jury des dossiers de candidature : le travail est prometteur, et libérer le geste pourrait en révéler tout le potentiel. Un an après et quelques semaines de résidences plus tard, Stéfanie se dit reconnaissante de cette opportunité offerte par l’Atelier Léon. Elle parle aujourd’hui de sa pratique de façon bien différente de ses débuts : « Avoir un objectif et un projet m’a poussée à pratiquer davantage et à travailler de manière plus sérieuse. J’ai vraiment senti une évolution sur l’année : ce que je vais exposer aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec ce que j’avais proposé en postulant. Et tant mieux. Pour moi, la pratique fait évoluer le travail, et cette évolution ne s’arrête jamais. »

Cette première exposition personnelle marque l’aboutissement d’un rêve pour Stéfanie Molter, un rêve aussi stimulant qu’impressionnant. Pour elle, « Imaginarium » est un moyen de partager son travail avec un public, au-delà de son cocon artistique et des écrans.

L’exposition devient alors un espace où les regards viennent toucher les matières, les textures et les nuances de ce bleu prédominant, comme une plongée au plus près de son univers. Comme elle le résume elle-même : « Le mot “exposer” prend tout son sens : sortir de son cocon, rassembler son courage et se montrer, individuellement, publiquement et collectivement. »

Article réalisé par Agathe Gallo pour Quartier Libre, la Revue Mars-Avril 2026