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L'interview de Loïc Méhée
01 / 01 / 2026
Agathe Gallo
Vous avez sûrement vu du Loïc Méhée ici ou là, surtout à la rentrée de septembre 2025 si vous suivez la programmation « Les Petits devant les grands derrière », puisque c’est son illustration qu’on retrouve et qui égaye nos yeux. Loïc est illustrateur jeunesse pour la presse et l’édition depuis 2004. Il travaille des personnages auxquels petits et grands s’attachent, se soucie de les rendre plus vrais que nature et nourrit son travail de dessin par d’autres disciplines comme le théâtre d’improvisation. En plus de ses illustrations, Loïc sort de son atelier pour monter sur scène : depuis plus de quinze ans, il tourne avec son spectacle iiimprobable et présentera son nouveau seul-en-scène, La Grosse Tache, en mai 2026 à la Blaiserie.
Je vais au café tous les matins. Les Poitevins habitués m’auront sans doute déjà croisé au Gambetta ou à la Serrurerie. Je dessine beaucoup les gens, très vite. Pour moi, c’est un peu comme des gammes pour les musiciens. Ce sont des dessins que je ne regarde même pas ensuite : c’est juste une manière de me faire la main, presque un échauffement.
Loïc, quand est-ce que tu as commencé le dessin ?
« J’ai commencé à dessiner au même âge que tout le monde, vers un an ou deux. À l’école primaire, je ne dessinais pas mieux que mes copains, mais j’adorais ça. La différence, c’est que là où les autres ont arrêté, moi j’ai continué, et c’est comme ça que j’ai progressé. Au collège, une heure d’arts plastiques ne me suffisait pas, donc je faisais des BD et plein de bricolages chez moi. Et au lycée, j’ai choisi l’option arts plastiques. »
Quelle est la part d’improvisation en tant qu’illustrateur quand on reçoit le script d’un auteur ?
« Quand on est dans l’urgence, je ne me pose pas de questions : je lis le texte et j’y vais. Si on parle d’une énorme abeille, je la dessine aussi grosse qu’un éléphant, parce que c’est ça qui est drôle. Parfois l’idée vient tout de suite, parfois moins. Le théâtre d’impro, que j’ai commencé il y a une dizaine d’années, m’a appris à travailler autrement : en impro, on commence sans savoir où on va et on ajuste au fur et à mesure. Maintenant je dessine pareil : même si je n’ai pas d’idée, je commence par un nez, des yeux, et l’idée arrive en dessinant. Ensuite je modifie si besoin. »
Et qu’est-ce que tu aimes dessiner ? J’ai l’impression que ce sont les personnages,
les émotions, la nature…
« Depuis que je fais du théâtre d’impro et que je me suis mis à la BD, j’aime surtout dessiner les personnages et leurs expressions. J’essaie qu’ils “jouent” bien, un peu comme des comédiens. »
Comment as-tu travaillé les personnages dans Nonolulu* ?
« Dans Nonolulu, l’autrice avait déjà très bien écrit les personnages. Moi, j’ai essayé de travailler leur caractère avec finesse, et on voit que les enfants s’y attachent : ils ont leurs préférés, ils veulent savoir ce qui arrive. Nonolulu, l’héroïne, a été énormément retravaillée avec l’éditeur. On voulait éviter les clichés : elle a les cheveux en bataille, une dent cassée, un petit côté Robinson. »
*Nonolulu, scénarisée par Paule Battault et illustrée par Loïc Méhée, raconte l’histoire de Nonolulu et ses amis, qui, après le naufrage de leur bateau, ont trouvé refuge sur une île paradisiaque et complètement déserte. Leurs parents leur envoient régulièrement des bouteilles avec des messages : Ils vont venir les chercher, qu’ils ne fassent pas de bêtises en attendant!
Que va-t-on découvrir dans le tome 2, prévu pour janvier 2026 ?
« Les parents ne sont toujours pas là, je pense même qu’on ne les verra jamais, sinon ce serait la fin. Il y aura une histoire d’amour entre deux personnages, ce qui est amusant à dessiner parce que ça apporte de nouvelles émotions. Un personnage très proche de la nature va aussi faire pousser une plante carnivore géante en secret. Et puis, comme toujours, beaucoup de gags.
Pour les animaux, je voulais montrer qu’ils subissent l’arrivée des enfants sur l’île : ils se font attraper, écraser, bousculer… Dans ce tome 2, on va encore plus loin là-dessus, avec plein de gags de second plan, comme une noix de coco qui tombe sur un animal ou un enfant qui se cogne contre un arbre. »
Tu es passé du dessin à la scène avec iiimprobable. Ton nouveau spectacle, La Grosse Tache, est prévu le 6 mai 2026. De quoi parle-t-il ?
« La Grosse Tache raconte l’histoire de Grégoire Fusain, un illustrateur très célèbre et qui le sait. Il ne plaisante pas avec le dessin et présente son spectacle dessiné, qu’il joue partout dans le monde. Sauf qu’un incident arrive et rien ne se passe comme prévu : toutes ses certitudes volent en éclats. C’est un spectacle tout public, pas seulement pour enfants. Au fond, le message, c’est : lâchons-nous, soyons créatifs, on n’est pas obligé de toujours bien s’appliquer. »