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L'interview de Chloé Baudry
01 / 05 / 2025
Agathe Gallo
Chloé Baudry est autrice et poétesse. Elle a publié deux recueils : Eurydice incendie en 2020 et Une possession en 2024 aux éditions Maintien de la Reine. Depuis 2024, elle est également membre de la Maison de la poésie, une association qui a pour but de promouvoir la poésie sous toutes ses formes à Poitiers.
L'interview de Chloé Baudry
Être poète, c’est être engagé. Parce qu’assumer une parole, même juste métaphorique ou simplement sensible, c’est déjà résister. Alors oui, comme partout, il faut de la poésie à Poitiers.
Tu pratiques l’écriture sous différentes formes, comment l’écriture est-elle entrée dans ta vie ?
« Ça a commencé très jeune, avec un journal intime, une pratique que je n’ai jamais quittée. Après une formation au conservatoire en théâtre, je me suis rendu compte que ce qui m’attirait le plus, c’était les mots. Même en enchaînant des boulots très variés - de la radio aux saisons agricoles - l’écriture restait là, en filigrane. J’ai fini par reprendre des études avec une licence en création littéraire et cinématographique à Marseille, qui a vraiment marqué le début de mon parcours d’autrice. Depuis, l’écriture n’a cessé de prendre de la place. »
Ton travail s’articule autour de deux axes : les lieux et les archives. Pourquoi ces deux objets de recherche ?
« Les lieux, ça vient de mon enfance à la ferme. Mes parents étaient éleveurs laitiers, et ce quotidien très ancré m’a donné une sensibilité forte à l’espace. Être paysan, c’est être lié à un lieu, vissé à ce dernier même parfois […].
Les archives sont venues plus tard, pendant ma formation. En explorant mes archives familiales - des photos, des plans cadastraux - j’ai ressenti une émotion inattendue, une matière à écrire, même à partir d’objets qui ne semblaient pas poétiques au départ. »
Dans ton premier recueil Eurydice incendie, tu proposes une réécriture du personnage d’Eurydice, avec une forte dimension écologique. Qu’est-ce qui a nourri cette écriture ?
« Ce qui m’a interpelée dans le mythe d’Orphée, c’est la manière dont Eurydice est traitée : silencieuse, réduite à un objet qu’Orphée vient réclamer comme un dû, surtout dans la version d’Ovide. À l’époque, je suivais un master en éco-poétique qui m’a rendue très sensible à ces enjeux, et j’ai tout de suite vu un parallèle fort avec les réflexions écoféministes : la façon dont on traite les femmes comme on traite la terre, dans une logique d’appropriation. C’était tellement flagrant que j’ai eu envie de réécrire l’histoire. Dans ma version, Eurydice remonte seule des enfers, confronte Orphée, qui devient une figure à la fois de l’homme et de l’humanité exploitant le vivant. »
Ton second recueil, Une possession, paru en 2024, explore les notions de propriété, d’appartenance, d’acquisition, mais aussi celle d’un lieu à soi. Qu’est-ce qui a inspiré ce travail ?
« Je l’ai écrit sur deux ans au moment où j’ai décidé d’acheter une maison. Ce geste a réveillé en moi toute une réflexion sur la propriété, l’appropriation - des questions déjà très présentes dans mon écriture. Le recueil est très narratif, avec un début, un milieu, une fin. En toile de fond, il y avait bien sûr Un lieu à soi de Virginia Woolf, mais aussi Qu’est-ce que la propriété ? de Proudhon. »
Écrire pour soi, mais aussi pour les autres, c’est essentiel dans ton travail. Tu proposes souvent des ateliers d’écriture. Avec quel type de public travailles-tu, et ces ateliers sont-ils ouverts à tous ?
« Oui, c’est une part essentielle de mon métier : écrire et faire écrire. Je donne des ateliers dans des collèges, lycées, associations, et pour des adultes. Par exemple, à Poitiers, au Cercle Laïque Poitevin, on organise des stages mensuels d’écriture. Le seul prérequis, c’est d’avoir envie d’écrire. J’ai aussi animé des ateliers aux Archives de la Vienne, autour de la Seconde Guerre mondiale, et en centre de détention. J’adore varier les publics, car chaque groupe a une relation unique à l’écriture, que ce soit avec des adolescents en lycée ou des adultes qui cherchent à s’exprimer autrement. C’est aussi l’occasion de casser la routine scolaire et d’ouvrir un espace libre de parole. »