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L’interview d’Océane Naud

01 / 11 / 2025

Agathe Gallo

Océane Naud est autrice. Elle a publié deux romans : La nostalgie de mai et Sur les cendres. Elle a choisi Poitiers comme ville d’adoption et y déploie aujourd’hui sa pratique artistique sur un territoire propice à la création. Entre écriture et transmission, elle a fondé Les Ateliers Scriptura, des temps pour « exercer sa plume » et créer un espace d’échange et de rencontre autour de l’écriture.

Scriptura, c’est vraiment ça : créer une synergie autour de l'écriture, un espace où vous n’êtes pas seuls, où vous pouvez évoluer, écouter les autres, apprendre d’eux et vous nourrir de ces échanges.
Océane Naud

Quelle est ta première rencontre avec l'écriture ?

« Les écrits d’invention au collège, c’était vraiment ce que je préférais. Mais ce qui a vraiment marqué le début, c’est en troisième. J’ai voulu écrire une histoire pour mes copines. C’était un mélange de fanfiction, on était un peu les héroïnes dedans… Et c’est comme ça que tout a commencé.

Cette fanfiction, inspirée de Final Fantasy VII, (pour les geeks), a ensuite évolué. Petit à petit, c’est devenu un vrai roman : Sur les cendres. Aujourd’hui, ça n’a plus rien à voir avec nous, ne nous cherchez pas dedans (rires), mais oui, tout est parti de là. »

Tu peux me parler de ton processus d’écriture   ? On te voit souvent avec un carnet à la main, jamais un ordinateur

« Oui, j’ai toujours écrit sur carnet, justement parce qu’il n’y a pas de distraction. Tu écris, point.

Et puis, tu ne peux pas aller plus vite que ta main. Ça t’oblige à réfléchir à ce que tu veux dire, à choisir le bon mot. Il y a une temporalité complètement différente, une sorte d’économie de l’écriture qui se met en place. Après, je retape tout à l’ordinateur. Et là encore, je réécris, je corrige. Ensuite, j’imprime, je relis… En fait, c’est ma partie préférée : relire, recorriger. »

Et du coup, pour toi, l’écriture, ça représente quoi ? C’est une façon de t’évader quand ça ne va pas ?

« Oui, c’est sûr. Et parfois, ça me permet aussi de trouver des réponses à des questions que je me pose. Écrire des histoires qui te font du bien, dans lesquelles il se passe des choses positives, je trouve que ça aide. C’est une manière de garder espoir. Et puis, ça me permet aussi de construire un monde un peu idéal. Je ne dis pas que toutes mes histoires sont à l’eau de rose, mais il y a cette envie que, malgré les difficultés, si on s’écoutait un peu plus, si chacun y mettait un peu du sien, les choses pourraient aller mieux. Et puis, parfois, quand ça ne va pas, tester une situation à travers un personnage, ça aide à avancer dans sa réflexion aussi. »

Quelle place prennent les personnages dans ton écriture ?

« Pour moi, une histoire sans personnages vivants, ça ne marche pas. Tu t’ennuies. L’intrigue peut être la meilleure du monde, si les personnages sont plats, c’est terrible. Je le ressens souvent dans les polars. Souvent, chez moi, ce sont les personnages qui arrivent en premier, avant même l’univers. Ils arrivent  avec leur contexte, leurs problématiques, leur histoire. Et du coup, c’est long, parce qu’il faut apprendre à les connaître. »

Est-ce que, selon toi, l’écriture est à la portée de tout le monde ?

« Oui. En France, on a cette idée du “génie littéraire”, comme si seuls quelques élus pouvaient écrire. Et puis il y a cette pression de la “bonne écriture”, avec l’orthographe, la grammaire… Mais notre langue est infernale. Du coup, beaucoup de gens se disent : “C’est pas pour moi, je fais trop de fautes, je ne sais pas écrire [...]”. Je comprends que ce soit dur de montrer ses textes aux autres, mais au départ, il faut écrire pour soi. Écrire juste pour soi, pour expérimenter, pour tester. Ce n’est pas obligé d’être un roman déjà bien construit, ni de la poésie en vers. Juste… lancez-vous ! »

Tu as aussi créé Scriptura, qui propose des résidences d’écriture. Comment ça se passe concrètement ?

« On arrive le vendredi soir. Il y a un moment d’échange pour que tout le monde fasse connaissance, un dîner, puis un petit atelier d’écriture. Le lendemain, c’est une journée complète autour d’une thématique : ça peut être “comment commencer un roman”, “créer des personnages intéressants” […] Le dimanche matin, c’est plus libre : certains écrivent, d’autres dorment (rires), c’est au choix. On termine le week-end par un dernier déjeuner ensemble et un petit atelier avant de se quitter. Ce sera la première formule. Mais plus tard, j’aimerais aussi proposer des semaines entières, où les gens viennent pour écrire. Avec Anaëlle*, on serait là pour les écouter, les conseiller, les accompagner. Et créer surtout une vraie synergie : que les auteurs puissent échanger entre eux, s’enrichir des conseils et ne plus se sentir seuls dans leur écriture. »

*Anaëlle Chaudet (anaelleecritavec_toi sur Instagram)

Interview réalisée par Agathe Gallo pour Quartier Libre, la Revue novembre-décembre 2025

L'intégralité de l'interview est à retrouver en cliquant sur ce lien !
https://youtu.be/KrWaaJpoMlc?si=_TpW0PqPYMwgg9iU