Actualités« Ce à quoi nous tenons » ou comment donner une place à l’art lyrique dans l’espace public

« Ce à quoi nous tenons » ou comment donner une place à l’art lyrique dans l’espace public

01 / 05 / 2025

Agathe Gallo

Le mardi 3 juin, Quartier Libre couvrait l’avant-première de la nouvelle création intitulée Ce à quoi nous tenons de la compagnie Les Ateliers Misuk : c’est beau, c’est juste, c’est à voir absolument ! Tour de force, encore une fois, pour cette compagnie qui invite toutes et tous à découvrir l’art lyrique loin de l’élitisme qui lui colle trop souvent à la peau.

« Ce à quoi nous tenons » ou comment donner une place à l’art lyrique dans l’espace public

C’est notre tout premier spectacle dans l’espace public et nous avions ce désir de faire entendre le chant lyrique partout.
Propos recueillis auprès de Nina Lainville, comédienne, chanteuse et cofondatrice des Ateliers Misuk

Les Ateliers Misuk œuvrent à Poitiers depuis plusieurs années maintenant, portés par Juliette de Massy, soprano et performeuse, et Nina Lainville, comédienne et chanteuse. Amies depuis leurs études au Conservatoire de musique en Angleterre, elles ont fondé la compagnie avec l’envie de créer des projets interdisciplinaires autour de la musique et de la voix.

Habituées des scènes de spectacles conventionnels, dans le noir et où chacun et chacune vient avec sa place de spectacle en main, cette fois-ci, l’équipe artistique se déplace et offre une nouvelle création dédiée à l’espace public. Un spectacle accessible facilement et loin des lieux idylliques comme l’explique Juliette : « On a eu envie d’aller justement dans des endroits où ce n’est pas forcément joli, où c’est du béton, c’est du goudron » pour mieux « démystifier la place de l’artiste et du spectacle qui peut être souvent imposant ».

Ce à quoi nous tenons, c’est une équipe d’artistes femmes de la région Nouvelle-Aquitaine composée de 4 chanteuses (Ulrike Barth, Juliette de Massy, Charlotte Labaki et Nina Lainville) et d’une danseuse-acrobate (Clara Serayet). Elles nous offrent ici une création où se rencontrent voix et corps.

Loin d’être uniquement un « jukebox », les chanteuses prennent une place en harmonie avec l’acrobatie et la chorégraphie de Clara qui laisse une grande place à l’improvisation en fonction de ce que les chanteuses et le public lui offre d’un spectacle à l’autre. On ressent là, un collectif, un lien de sororité et une création qui lie l’air et la terre.

Ce spectacle, c’est aussi une histoire : celle d’un espace commun, d’un refuge libre et ouvert à toutes et tous. Inspirée du livre Nos cabanes de Marielle Macé, la création prend vie autour d’un portique de 140 kg (un agrès circassien) qui devient, le temps de la représentation, la cabane des cinq artistes.

Dans cette création, le répertoire musical a été choisi avec minutie, révélant le défi technique atteint par l’équipe artistique pour adapter les chants à l’extérieur. Après de longues recherches et une véritable envie d’offrir une place majeure aux compositrices femmes, Meredith Monk constitue donc le fil rouge de toute cette création. On retrouve également d’autres compositrices comme Hildegard von Bingen, Reena Esmail, mais aussi des compositeurs comme Thierry Machuel, Juan del Encina…

Parfois à l’unisson, en polyphonie ou encore en canon, l’histoire de la construction de ce portique de 140 kg s’écoute au travers de chants qui nous rappellent ceux des ouvrières, notamment dans les années 40, pour se donner de la force dans l’effort collectif.

Une expérience d’autant plus immersive que leur choix de ne pas amplifier le spectacle nous invite à tendre l’oreille aux grenouilles et oiseaux en tout genre qui s’affairent à chanter en harmonie avec les voix des chanteuses.

Article réalisé par Agathe Gallo pour Quartier Libre, la Revue Juillet-Août 2025