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Bad Bunny, au-delà des frontières

01 / 03 / 2026

Agathe Gallo

Quartier d'ailleurs, la chronique qui fait voyager

Bad Bunny, de son vrai nom Benito Antonio Martínez Ocasio, est né le 10 mars 1994 à Bayamón, une petite ville de Porto Rico, territoire sous juridiction américaine depuis 1898. Chanteur, rappeur et auteur-compositeur, il est aujourd’hui l’un des artistes les plus influents de la scène musicale mondiale et une figure de proue du reggaeton et de la trap latine.

Il commence à faire de la musique dès son enfance grâce à sa famille qui écoutait du reggaeton, du hip-hop, de la salsa, du rock et du merengue. Cette diversité musicale forge très tôt son identité artistique.

Issu d’un milieu modeste, il fait très vite face à des réalités économiques qui l’obligent à travailler pour financer ses études. Malgré la fatigue et le peu de temps qu’il a, il n’arrête pas la musique et commence à publier ses premiers sons sur SoundCloud, une plateforme où les utilisateurs peuvent collaborer, promouvoir et distribuer leurs projets musicaux. C’est comme ça qu’il sera repéré en 2016 par un producteur et que Bad Bunny signera son premier contrat avec le label Hear This Music.

Sa carrière prend une dimension internationale en 2018 avec le titre I Like It, en collaboration avec Cardi B et J Balvin, qui atteint la première place du Billboard Hot 100 aux
États-Unis.

Profondément attaché à son île natale et à sa culture, Bad Bunny explique que grandir à Porto Rico, c’est se construire sur un territoire marqué par le colonialisme et de fortes inégalités économiques. Cette réalité nourrit sa musique et ses prises de position. Il y dénonce les violences sociales, la corruption politique et l’abandon de l’île après l’ouragan Maria. Il soutient également les luttes pour la justice sociale, les droits des femmes et ceux des personnes LGBTQIA+.

Considéré comme l’un des artistes les plus écoutés au monde, Bad Bunny fait pourtant l’objet de nombreuses controverses. Bad Bunny aime bousculer les codes en questionnant la masculinité. Pour lui, être un homme ne devrait pas se résumer à des comportements ou des codes vestimentaires imposés par la société. Il défend une masculinité plus libre, plus sensible et affranchie des normes traditionnelles.

Ce qui compte, selon lui, n’est pas de suivre une tendance parfois vide de sens, mais de rester fidèle à ce qui a une véritable valeur.

Bien plus qu’un rappeur, il est un modèle très important pour toute une génération.

Alors que l’industrie musicale est longtemps restée dominée par l’anglais, Bad Bunny a fait le choix de ne jamais renoncer à sa langue pour ne chanter qu’en espagnol. Au vu du nombre de personnes à qui sa musique parle, il a réussi à prouver que garder son authenticité n’empêche pas de dépasser les frontières.

En février dernier, lors de la 68e édition des Grammy Awards, Bad Bunny a obtenu le Grammy Award du meilleur album pour
Debí Tirar Más Fotos. C’est la première fois qu’un album entièrement espagnol et sans anglais remporte ce prix. Il a profité de son temps de parole pour appeler à « mettre dehors » la police américaine de l’immigration (ICE) en rappelant que « nous ne sommes pas des sauvages. Nous ne sommes pas des animaux. Nous ne sommes pas des étrangers. Nous sommes humains et nous sommes Américains ».

Au travers de ses albums, Bad Bunny parle d’amour, de colère, de fête, de solitude et de liberté en réussissant à unir des personnes de plus en plus divisées. Il raconte son époque sans chercher à la lisser. Dans un monde qui impose souvent des sens tout faits, des identités rigides et des trajectoires prédéfinies, il nous rappelle qu’il est essentiel de créer notre propre lecture des choses. Peut-être est-ce là l’une de ses plus grandes forces : nous encourager à donner du sens là où il semble parfois s’être perdu.

Article réalisé par Antoine Dambras, pour Quartier Libre, la Revue Mars-Avril 2026